
Ce matin, Sylvie me donne quelques petites fleurs censées porter chance avant mon départ. Je ne sais pas si elles y sont pour quelque chose, mais cette journée aura été particulièrement riche.
À peine 10 kilomètres parcourus, et pourtant une quantité incroyable de rencontres. Beaucoup de personnes m’interpellent, me questionnent sur la traversée et s’intéressent à ce que je fais.
Je croise aussi plusieurs coureurs de la TDS, une des courses emblématiques de l’UTMB. À Beaufort, un habitant me propose même de me montrer où passent les coureurs et où se trouve le ravitaillement. Je tente ma chance pour entrer quelques minutes dans l’espace réservé aux accompagnateurs et, grâce aux rencontres sur place, je finis par échanger avec un trailer expérimenté, qui accepte que je le filme pour le documentaire.
Une rencontre totalement imprévue, mais qui pourrait bien donner de belles images pour la suite.
Puis vient le moment de chercher où dormir. Il est 16h. Je sonne, encore et encore. Une vingtaine de maisons plus tard, je commence à être épuisé. Mal à la tête, début de fièvre, rhume… aujourd’hui, mon corps commence clairement à me rappeler à l’ordre.
Je rencontre d’abord un grand-père qui m’accueille quelques instants pour boire et discuter, mais qui ne peut pas m’héberger : ses petits-enfants sont à la maison.
Je pourrais faire demi-tour et retourner dans le village.
Mais quelque chose me dit de continuer sur cette route, vers l’extérieur.
Alors j’avance.
Et à la première maison après le panneau de sortie de la commune, Sébastien ouvre la porte. Il demande à sa compagne Marie si elle est d’accord pour m’accueillir.
Elle dit oui.
Je me retrouve finalement chez eux, dans leur maison familiale rénovée, autour d’un repas partagé avec Alice, la sœur de Sébastien, qui travaille elle aussi dans un refuge de haute montagne.
Aujourd’hui, j’ai fait peu de kilomètres. Mais humainement, la journée a été immense.
Et malgré la fatigue, je retiens surtout ça : parfois, continuer d’avancer vaut mieux que faire demi-tour.