
Ce matin, je quitte Grand-Cœur avec une bonne nouvelle : ma fièvre a presque disparu. Pour la première fois depuis quelques jours, je retrouve de l’énergie. Alors je décide de profiter de cette forme retrouvée pour attaquer le col de la Madeleine : partir de 500 mètres d’altitude pour monter jusqu’à près de 2 000 mètres.
Mon objectif est simple : arriver en haut avant la pluie.
Je garde donc un rythme soutenu. Mais arrivé au col, le paysage disparaît complètement. Brouillard épais, visibilité presque nulle, puis la pluie qui commence à tomber. Je suis littéralement dans le nuage.
En redescendant, une agricultrice m’interpelle au sujet d’un sentier indiqué sur mon itinéraire. Elle affirme qu’il s’agit d’un passage privé et interdit aux randonneurs. Je lui explique que le chemin est communal et que, de mon côté, je respecte simplement l’itinéraire indiqué. La discussion monte rapidement et elle finit par me menacer.
Je préfère finalement redescendre par la route. Avec moins de dix mètres de visibilité et les voitures qui surgissent du brouillard, je ne suis pas franchement rassuré.
J’arrive ensuite à Saint-François-Longchamp, mais la station ferme justement ce soir. Les commerçants sont épuisés par la saison et personne ne peut m’accueillir.
Alors je descends encore.
J’arrive dans un petit village d’une dizaine de maisons… et je sonne à la première.
Julien et Clémence ouvrent la porte : « Bien sûr, rentre. »
Je découvre alors leur petit chalet construit en 1956 par le grand-père marin de Julien. À l’intérieur, tout rappelle un bateau : le bois, les formes, l’ambiance… comme si je venais de passer directement de la montagne à la cale d’un navire.
Après trois heures sous la pluie, cette chaleur humaine fait un bien fou.
Aujourd’hui, j’ai encore appris quelque chose : en montagne, il faut parfois accepter de ne pas maîtriser grand-chose. La météo, les rencontres, les imprévus… On avance avec ce qui se présente.