
Ce matin, je quitte Remuzat en direction de Rosans, en Provence, avec l’objectif de me rapprocher petit à petit du Mont Ventoux.
Et je repars avec une nouveauté aux pieds : les chaussures que Michel m’a offertes hier. Mes anciennes étaient complètement usées, les crampons arrivaient au bout. Alors après presque 40 jours de traversée, je commence cette nouvelle étape avec une paire toute neuve, offerte par une personne rencontrée la veille.
La journée se déroule sur les crêtes, avec des paysages incroyables. Je traverse des reliefs de plus en plus marqués par la Provence et, à un moment, je me retrouve à court d’eau. Je m’arrête alors dans un monastère pour en demander. Les sœurs m’en donnent bien volontiers.
Le monastère est assez atypique, avec cette architecture en pierre qui correspond parfaitement aux paysages provençaux. Petit à petit, je sens vraiment que je quitte l’ambiance des Alpes.
J’arrive ensuite à Rosans, un petit village d’environ 300 habitants. Et la journée prend une tournure assez particulière.
Je trouve rapidement deux hôtesses hollandaises qui viennent régulièrement dans le village. Leurs parents y ont construit une maison en 1974 et elles y viennent depuis longtemps. Elles sont aujourd’hui âgées et fatiguées, mais acceptent malgré tout de m’accueillir pour la nuit.
Il y a simplement un problème : elles n’ont rien pour cuisiner et ne pourront donc pas me préparer à manger.
J’ai donc trouvé mon toit, mais il me manque encore mon repas.
Je décide alors de changer légèrement mon approche. Cette fois, je ne vais pas toquer aux portes pour demander une nuit, mais simplement pour demander si quelqu’un accepterait de partager un repas avec moi.
Après seulement 3 ou 4 maisons, une porte s’ouvre.
Je rencontre Aurélien et sa femme. Ils m’accueillent autour d’un repas et nous passons une excellente soirée. Au menu : des nouilles avec de la viande caramélisée, un plat asiatique absolument incroyable.
On discute pendant des heures, jusqu’à presque minuit. D’aventure, de voyage, de sophrologie, de développement personnel, de médecine traditionnelle chinoise, mais aussi des plantes et de leurs propriétés.
Ils connaissent énormément de choses sur le sujet. Ils me parlent notamment d’une idée que je trouve assez fascinante : les plantes qui nous entourent seraient parfois justement celles dont nous avons besoin. Comme si la nature présente autour de nous pouvait, d’une certaine manière, répondre à certains de nos maux ou de nos douleurs.
Je repars de cette soirée avec beaucoup de réflexions.
Et surtout, je réalise une nouvelle fois que l’hospitalité ne se résume pas forcément à demander un toit. Parfois, il suffit simplement de demander à partager un repas.
Ce soir, je rentre donc chez mes hôtesses en tenue de sport, avec mes chaussures de marche et mes chaussons aux pieds, presque en pyjama dans les rues du village. Elles me donnent même de quoi préparer mon pique-nique du lendemain.
Je me couche vers minuit, après une journée où, une fois encore, il aura fallu frapper à quelques portes pour trouver exactement ce dont j’avais besoin.
Et demain, je continuerai la route avec ces nouvelles chaussures aux pieds, elles aussi devenues un petit morceau de cette traversée.