
Ce matin, je quitte Brantes en direction du Mont Ventoux. J’ai des ampoules aux deux pieds, et la descente est particulièrement longue et difficile.
Pendant que j’avance malgré la douleur, je me mets à réfléchir à quelque chose.
Quand tu marches tous les jours, il y a toujours un paramètre qui n’est pas parfait. Ça peut être une douleur musculaire, une ampoule, une irritation, trop de vent, trop de chaleur ou simplement une fatigue qui t’empêche d’être à ton plein potentiel.
Mais au fond, ce n’est pas vraiment le problème.
Le problème, c’est de focaliser toute son attention dessus.
Parce que si je donne toute mon énergie à la douleur, à l’ampoule ou à ce qui me gêne, je n’ai plus d’énergie pour avancer. Alors j’essaie plutôt de l’accepter, de la laisser exister sans lui donner toute la place.
Il y aura toujours quelque chose qui fait mal ou qui dérange.
L’objectif, ce n’est pas forcément d’attendre que tout soit parfait pour avancer. C’est d’apprendre à avancer malgré ce qui ne l’est pas.
J’arrive ensuite près de Bédouin. Je vise les petits hameaux au-dessus du village pour essayer de trouver un hébergement.
Mais ce n’est pas simple.
Beaucoup de résidences secondaires, beaucoup de maisons fermées ou de personnes absentes. Je toque à une dizaine, peut-être quinze maisons, avant qu’une porte finisse par s’ouvrir.
Je rencontre Thierry, garde forestier.
Le feeling passe immédiatement et il accepte de m’accueillir pour la nuit. Après cette longue journée, il me prépare de magnifiques pâtes carbonara.
De quoi reprendre des forces, me poser et surtout bien me reposer.
Parce que demain, il faudra encore avancer.