
Ce matin, je pars de chez Thorgal après un bon petit déjeuner. Aujourd’hui, mon plan ne prévoit que 18 kilomètres. Ça m’arrange plutôt bien, parce que l’alternative aurait été de pousser jusqu’au prochain village et de faire 35 ou 37 kilomètres.
Et aujourd’hui, ça y est : j’atteins officiellement les 1000 kilomètres à pied.
C’est assez difficile à réaliser. Ça fait maintenant plus de six semaines que je suis sur les routes, et je ressens surtout une immense reconnaissance. Reconnaissance envers mon corps, qui est capable de m’emmener aussi loin. Reconnaissance envers toutes les personnes qui m’ont accueilli depuis le début. Et simplement reconnaissance que, jusqu’ici, tout se soit aussi bien passé.
Je suis vraiment fier de ce que mon corps a pu accomplir. 1000 kilomètres à pied, ce n’est pas rien, et pourtant je suis encore là, avec l’envie de continuer jusqu’au bout.
Je m’arrête aujourd’hui à Mirabeau. Je commence ma recherche vers 16 heures dans un lotissement. Mais une nouvelle fois, les choses ne sont pas si simples. Il y a beaucoup d’indisponibilités : certains auraient bien voulu m’accueillir mais partent faire quelque chose toute la soirée, d’autres partent en vacances… Ce ne sont pas forcément des refus, simplement des moments qui ne sont pas les bons.
Une dame, par exemple, m’explique qu’elle vient de commencer une chimiothérapie pour un cancer. Évidemment, dans ce contexte, ce n’est pas le moment de lui demander de m’accueillir. Je continue donc mon chemin et je fais finalement tout le lotissement sans trouver de solution.
Je décide alors de me diriger vers un autre lotissement, appelé La Vieille Vigne.
En chemin, je croise une dame avec son chien. J’hésite quelques secondes à lui demander, puis elle m’aborde directement :
« Vous allez jusqu’où comme ça ? »
Je lui explique mon projet, puis je me dis qu’il faut quand même que je lui demande. Ça fait déjà une heure, une heure et demie que je cherche et, de toute façon, il faut bien que je trouve quelque part où dormir.
Elle me dit qu’elle va appeler son mari pour voir ce qu’il en pense. Elle appelle donc Gilles, son mari, qui accepte de m’accueillir.
J’arrive chez eux et ils m’expliquent alors quelque chose que je trouve vraiment intéressant : dans cette maison, ils vivent à trois. Eux deux et leur amie Michelle, elle aussi retraitée. Ils ont acheté cette propriété ensemble et vivent donc, en quelque sorte, dans une colocation de retraités.
Je trouve le concept vraiment génial. Trois amis qui décident d’acheter une maison ensemble pour vivre leur retraite dans un endroit qu’ils aiment, plutôt que de chacun rester de son côté.
Ça me fait réfléchir une nouvelle fois à l’importance du lien social. Même en vieillissant, garder des relations, vivre entouré, partager son quotidien avec d’autres personnes peut avoir une vraie importance pour se sentir bien.
Et finalement, cette journée se termine comme beaucoup d’autres dans cette traversée : après avoir cherché, hésité, essuyé des indisponibilités et fait un détour, une rencontre finit par ouvrir une porte.
Mais cette fois, j’ai quelque chose de plus à mettre au compteur.
1000 kilomètres.