
Ce matin, je pars de chez Patricia en direction des Calanques. Cette fois, je sais que je vais vers ma ligne d’arrivée : la calanque d’En-Vau.
En quittant Cassis, je commence à m’enfoncer dans les Calanques. Ça me fait un bien fou d’être à nouveau au milieu de la nature, mais cette fois dans un décor complètement différent de tout ce que j’ai traversé jusque-là.
Je marche entre les falaises et la mer. Les parois sont immenses, très abruptes, et donnent presque l’impression d’être dans des gorges… sauf qu’au fond, ce n’est pas une rivière : c’est la Méditerranée.
Et puis il y a le vent marin.
Après des semaines à marcher sous la chaleur, sentir ce vent frais venir frapper mon visage et ma peau pendant l’effort, c’est une sensation incroyable. Comme si la mer venait elle aussi m’accompagner jusqu’au bout.
Puis j’arrive enfin à En-Vau.
Et là…
Plus de montagne.
Plus de col à gravir. Plus de sommet à atteindre. Plus de massif à traverser.
Devant moi, simplement la mer à perte de vue.
Je reste quelques heures dans la calanque. Je saute des rochers, je me baigne, je profite de l’eau, de sa température parfaite et surtout du calme.
Et c’est justement dans l’eau, complètement immergé, que quelque chose se passe.
Je repense à tous les visages.
Tous ceux qui m’ont ouvert leur porte.
Tous ceux avec qui j’ai partagé un repas.
Tous ceux avec qui j’ai discuté quelques minutes ou plusieurs heures.
Toutes les personnes qui m’ont fait rire, réfléchir, avancer.
Toutes ces rencontres qui, mises bout à bout, m’ont permis d’arriver jusqu’ici.
Et finalement, assis face à la mer, je réalise quelque chose que je n’avais pas vraiment compris avant :
La traversée de la France n’était pas seulement une traversée de kilomètres.
J’ai traversé un pays, oui.
Mais j’ai surtout traversé une multitude de ses facettes.
Des paysages complètement différents. Des cultures locales. Des habitudes. Des accents. Des manières de vivre. Et surtout, une multitude de visages.
Chaque endroit avait quelque chose à m’apprendre.
Il y a eu des journées difficiles. Des refus. De la fatigue. De la fièvre. Des ampoules. Des moments où je me suis demandé où j’allais dormir le soir.
Mais, quelque part, dans chaque village, il y avait toujours une lumière.
Une maison éclairée.
Une personne prête à ouvrir une porte.
Une petite lumière d’espoir qui, chaque soir, me permettait de continuer.
Et c’est cette succession de petites lumières qui m’a finalement amené jusqu’ici.
J’arrive donc au bout de cette traversée en un seul morceau.
Et aujourd’hui, je veux simplement dire merci.
Merci à toutes les personnes qui m’ont accueilli.
Merci à toutes celles qui ont partagé un repas, une discussion, un canapé, un lit, un bout de route ou simplement quelques minutes avec moi.
Et merci aussi à mon corps, qui m’a porté pendant ces 1 100 kilomètres sans blessure majeure.
Aujourd’hui, je n’ai quasiment plus rien.
Plus d’ampoules. Plus de grosses douleurs musculaires.
Je suis presque prêt à repartir.
Mais cette fois, je n’ai plus besoin d’avancer.
Je suis arrivé.
Et finalement, ce qui est étrange, c’est que je ne ressens pas forcément une immense euphorie.
Je ressens surtout une profonde paix.
Et peut-être que c’est ça, finalement, que je ramène de cette traversée.
Pas seulement 1 100 kilomètres.
Mais tous ces visages, toutes ces histoires et cette sensation d’avoir traversé bien plus qu’un pays.
Alors merci à tous.