
Ce matin, je quitte Goumois le cœur plus léger que la veille.
La veille au refuge, une randonneuse m’avait interpellé assez vivement sur mon projet. Pour elle, traverser la France sans argent et vouloir en faire un documentaire pouvait ressembler à une manière de « jouer » avec la pauvreté depuis une position privilégiée.
Ses mots m’ont fait réfléchir. Je me suis couché avec cette remarque en tête, un peu lourd.
Et pourtant, le lendemain matin, nous avons partagé un petit-déjeuner.
Elle m’a offert du café et quelques nouilles instantanées pour la suite de mon parcours.
Une discussion peut être inconfortable sans empêcher la bienveillance.
Puis j’ai repris la route, direction les gorges du Doubs.
Et quelles gorges.
La rivière passe d’un calme presque immobile à des torrents rapides, puis retrouve quelques mètres plus loin une tranquillité totale. Pendant plusieurs heures, je me suis simplement laissé porter par le paysage.
C’est là que j’ai rencontré Jules.
Dès les premières minutes, le courant est passé.
Ma première remarque : « Ah, toi, t’as un rythme rapide. »
Finalement, nous avons traversé les gorges ensemble.
Et le soir, nous avons même décidé de chercher un hébergement à deux.
Pour la première fois depuis le début de cette aventure, j’ai pu partager avec quelqu’un d’autre ce que signifie chercher un toit chez l’habitant.
Nous avons frappé à une nouvelle porte.
Martine et Joseph nous ont ouvert. Joseph nous raconte son périple au sommet du Kilimandjaro et Martine nous partage l’amour qu’elle porte à sa famille.
Et encore une fois, aucune grande cérémonie.
Juste une famille qui nous accueille avec une simplicité incroyable.
Ils nous ont fait une place à table, ont pris soin de nous et nous ont accueillis comme leurs propres enfants.
Ce soir, nous dormons dans une petite pièce en bois, avec des lits superposés prévus à l’origine pour leurs petits-enfants.
Un endroit qui ressemble presque à une petite auberge de jeunesse.
Mais surtout, un endroit rempli de vie et d’amour.
Aujourd’hui, je retiens surtout une chose : on peut ne pas être d’accord, se remettre en question, et malgré tout continuer à créer du lien.
Et peut-être que c’est aussi ça, cette traversée